Dans la province de Kohgiluyeh et Boyer-Ahmad, dans le sud-ouest de l'Iran, il ne reste que les débris du chasseur-bombardier F-15E, nom de code Dude 44. Vendredi 3 avril, l'appareil militaire américain s'est écrasé dans cette zone montagneuse, très escarpée, frappé par un missile sol-air tiré à l'épaule. Traqué par les autorités iraniennes pendant 36 heures, le pilote blessé et secouru ce dimanche, est parvenu à gravir une crête à plus de 2.000 mètres d'altitude pour se cacher de longues heures dans une crevasse, invisible aux yeux des Iraniens mais aussi des États-Unis.
L'officier, nom de code Dude 44 Bravo, "a appliqué ce qu'il avait appris et a grimpé dans les zones montagneuses," alors qu'il "saignait plutôt abondamment", pour éviter d'être capturé par les Iraniens, a assuré Donald Trump lors d'une conférence de presse depuis la Maison Blanche ce lundi 6 avril. Comme tous les aviateurs américains, ce pilote a été formé à la survie dans les conditions les plus extrêmes en territoire ennemi. Pour le guider, un acronyme enseigné aux aviateurs américains en cas de crash en zone ennemie: S.E.R.E, pour "survival, evasion, resistance, escape" (survie, évasion, résistance et fuite, ndlr).
"Les pilotes sont formés à (faire face à) la capture et la torture. C'est l'idée d'être dans le dépassement de soi, l'abnégation", analyse sur BFMTV David Corona, ancien membre du GIGN et expert en conflits internationaux. Caché dans une anfractuosité de la roche, "il a traité lui-même ses blessures et contacté les forces américaines pour transmettre sa localisation", a expliqué le président américain. Grâce à sa balise GPS, le pilote américain est parvenu, depuis l'Iran, à communiquer trois mots à son commandement: "Dieu est bon". Une phrase qui a d'abord installé un doute au sein des services de renseignements américains. L'homme a-t-il été capturé et communique-t-il sous la contrainte?
Obligé de rester caché, le pilote américain ne pouvait faire davantage usage de sa balise sans prendre le risque d'être également repéré par les forces armées iraniennes. C'est finalement la CIA, l'agence nationale du renseignement américain, qui parvient à localiser le soldat avant d'en informer le Pentagone qui décide de lancer une opération de sauvetage d'envergure. Un impressionnant dispositif se met alors en branle. "Des centaines de troupes d'opérations spéciales et d'autres personnels militaires", ainsi que "des capacités cybernétiques, spatiales et de renseignement" sont mobilisés, expliquent les médias américains.
En effet, Washington a déclenché une "armada aérienne" pour secourir le pilote: 155 appareils, dont 4 bombardiers, 64 avions de combat, 48 avions de ravitaillement, 13 appareils de sauvetage et des drones. Mais une grande partie d'entre eux servent à faire diversion, a assuré Donald Trump.
Ce sont les membres de l'unité d'élite Navy SEAL Team 6, forces spécialisées dans ce type d'opération à haut risque, connus notamment pour leur rôle dans la mort d'Oussama Ben Laden au Pakistan en 2011, qui sont en charge de récupérer l'aviateur sur le terrain, selon le New York Times. Selon les images de l'armée iranienne exploitées par le média américain CNN, les États-Unis ont tiré parti d'une piste d'atterrissage abandonnée à environ 50 kilomètres de la ville d'Ispahan. Citant des sources au sein de l'administration Trump, plusieurs médias américains, dont Axios et NBC, expliquent que l'opération de sauvetage a été en partie rendue possible par un subterfuge de la CIA. Avant l'exfiltration du pilote, l'agence de renseignement a, d'après l'une de ces sources, répandu une rumeur en Iran affirmant que le militaire avait déjà été retrouvé vivant et qu'il était évacué du pays par voie terrestre.
"Nous voulions que (les Iraniens) pensent qu'il était à un autre endroit", s'est amusé le président, "ils étaient vraiment perdus." Aucun des responsables américains n'a cependant donné de détails sur le déroulé exact de l'opération commando qui a permis de récupérer l'aviateur. L'opération, qui a donné lieu à des échanges de tirs selon le média Axios, n'est toutefois pas passée loin du drame. Deux avions de transport qui devaient permettre aux troupes de fuir l'Iran n'ont pas pu décoller. Selon Donald Trump, plusieurs appareils, "franchement bien embourbés", ont été incapables de redécoller. Ils ont dû être détruits par l'armée américaine qui a dû renvoyer des avions "plus rapides et légers" pour repartir d'Iran avec Dude 44 Bravo.
Téhéran a confirmé que deux hélicoptères Black Hawk et deux avions de transport militaire C-130 avaient été détruits, des images montrant des débris géolocalisés à environ 50 kilomètres au sud de la ville d'Ispahan. "L'armée américaine a mené l'une des opérations de recherche et de sauvetage les plus audacieuses de l'histoire des États-Unis pour retrouver l'un de nos officiers d'équipage les plus remarquables, un colonel très respecté, que j'ai l'immense joie de vous annoncer: il est désormais SAIN ET SAUF", s'est réjoui Donald Trump sur sa plateforme Truth Social, ce dimanche.
Quelques heures plus tard, le président américain a indiqué que l'aviateur était "gravement blessé", ajoutant qu’il tiendrait une conférence de presse ce lundi. "Nous avons secouru le membre d’équipage/officier du F-15, gravement blessé et vraiment courageux, au cœur des montagnes de l’Iran", a-t-il déclaré.
"À minuit, le dimanche de Pâques heure de Washington, plus de 50 heures après le début de cette opération, le centre de sauvetage a déclaré les deux aviateurs de Dude 44 de retour en territoire ami", a conclu le général Dan Caine, saluant une opération sans décès côté américain.
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