Entre “émotion” et “profond silence”, la France a commémoré jeudi, “le cœur serré”, les dix ans des attentats djihadistes du 13 novembre 2015 à Paris et à Saint-Denis, observe Clarín. À 18 heures, “les cloches de toutes les églises parisiennes, synchronisées avec celles de la cathédrale Notre-Dame, ont retenti en hommage aux 132 victimes [dont deux suicides de rescapés] des attentats”, marquant “le début de la principale cérémonie de commémoration” dans un “jardin du souvenir, entre l’hôtel de Ville et l’église Saint-Gervais, sous la présidence d’Emmanuel Macron”, raconte La Vanguardia.
Auparavant, tout au long de la journée, “des cérémonies empreintes de dignité face à la barbarie se sont déroulées sur tous les lieux des attaques”, du Stade de France au Bataclan, en passant par les terrasses de bars et restaurants ciblées par les djihadistes. “Le moment le plus poignant a toujours été la lecture des noms des victimes”, remarque le quotidien catalan. Seules les autorités et les proches des victimes pouvaient approcher des lieux de commémoration, note Clarín. “Le public était tenu à distance. Le dispositif de sécurité était draconien – la police était armée de fusils d’assaut –, et les gens observaient la scène depuis les balcons des immeubles.”
Dans son discours, Emmanuel Macron a évoqué la douleur “insensée, injuste, insupportable” des victimes, des survivants et de leurs familles, et assuré que “tout [serait] mis en œuvre pour prévenir toute nouvelle attaque et pour punir sans pitié ceux qui oseraient la tenter”, rapporte The Guardian. Mais pour La Vanguardia, un discours s’est distingué “par son courage” et son poids “politique” : celui de Philippe Duperron, président de l’association 13onze15 et père d’une victime. Cet avocat de profession a notamment “établi un contraste entre l’élan de solidarité publique qui a suivi les attentats et une certaine évolution politique de ces dernières années, une allusion claire à la montée de l’extrême droite”, note le quotidien catalan.
Pour El País, cet “hommage solennel aux victimes” était à la fois une tentative de “panser la plaie” des massacres de 2015 et un “appel à l’unité”, car “l’unité initiale” observée après les attentats “a cédé la place à une lente dégradation politique et sociale, et à la formation d’un pays fracturé et désormais profondément divisé”, juge le titre espagnol. C’est pour cette raison, croit savoir le quotidien madrilène, que l’hommage officiel avait été confié à Thierry Reboul, directeur exécutif des Jeux olympiques de Paris 2024, “l’un des rares moments de ces dix dernières années où la France s’est montrée unie”. “Reboul a mis en scène une sorte de messe laïque, avec musique rock et jeux de lumière accompagnant le recueillement des victimes, qui n’ont jamais permis que leur histoire soit politisée ou instrumentalisée”, ajoute le titre.
Si les attentats “ont profondément marqué la société française”, un “fossé” s’est “peu à peu creusé entre ceux qui ont vécu de près l’horreur des attaques, et la majorité des Français, pour qui le 13 Novembre est devenu un chapitre de l’histoire”, renchérit The New York Times. “Important, certes, mais de plus en plus lointain.”
Le quotidien américain en veut pour preuve “plusieurs enquêtes” menées depuis 2015, qui ont révélé “une forte baisse du nombre de personnes connaissant les lieux des attentats” : en 2024, “31 % des personnes interrogées étaient incapables de les nommer, contre seulement 3 % en 2016, lors de la première enquête”.
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